Après vingt ans d'absence, Terrence Malick revient au cinéma à l'aube du deuxième millénaire, à l'instar de George lucas et Stanley Kubrick. Jusque là considéré comme un maître alors qu'il n'a que deux films à son actif, "la ballade sauvage" et "les moissons du ciel", le réalisateur enfonce le clou en livrant un film épooustouflant, asseyant ainsi sa réputation de plus grand cinéaste en activité.
En choisissant le film de guerre comme sujet de son nouveau film, Malick surprend en s'attaquant à un genre maintes fois exploré sur grand écran. Mais l'oeil de Malick n'est pas celui du commun des mortels. Cinéaste du contemplatif, son regard se pose sur notre monde, en révèle toute la beauté et la cruauté.
Terrence Malick filme le non-sens de la guerre d'une manière totalement inédite. Sans parti pris, il filme l'homme, et la nature qui l'entoure. Le contraste entre l'horreur de la guerre et la beauté de ce milieu paradisiaque dans lequel elle explose renforce ce sentiment d'absurdité. Au milieu d'une escarmouche, il nous offre des plans somptueux d'espèces animales ou végétales, comme pour souligner le regard impassible de Dame Nature posé sur ces hommes insignifiants qui s'entredéchirent en son sein. Terrence Malick est un orfèvre du non-dit, et un maître de la perception sensorielle. Filmant la nature comme personne, il fait oublier au spectateur sa propre condition, et ce dernier se suprend alors à humer l'environnement, ressentir le vent, sentir les odeurs ... En humaniste qu'il est, il prend ainsi le contrepied de tout ce qui a été fait dans le genre : ce n'est pas uniquement en appuyant les atrocités du conflit, mais également en les contre balançant avec la grâce et la beauté du monde qui nous entoure que Malick dénonce l'absurdité de la guerre.
Peu de cinéastes sont capables d'explorer aussi pleinement les états d'âmes de leurs personnages en étant à ce point non-narratif. Pourtant le film a bel et bien une histoire. Une histoire mille fois racontées au cinéma, mais jamais de cette manière. Une histoire de quête de soi, de recherche d'un Eden perdu, la volonté de retrouver une pureté originelle. Alors Malick en vient à filmer ces hommes dans toutes leurs douleurs, leurs peurs, leurs doutes, par l'entremise d'un ballet de voix off sublimes transformant son chef d'oeuvre en poème, véritable ode à la nature.
"La ligne rouge" est un voyage intérieur qui hypnotise, fascine à chaque plan, porté par des choix musicaux et artistiques parfaits, et par un casting énorme et irréprochable, dont Jim Caviezel est la grande révélation. C'est un film philosophique essentiel, au lyrisme envoûtant, d'une beauté renversante. Une leçon de cinéma.
L'homme est bien peu de choses face à la nature ...
