J'ai vu "L'aurore". J'ai vu l'amour au cinéma.
J'ai vu l'amour dans ce qu'il a de plus pur.
Superbe poème cinématographique, "L'aurore" de Murnau demeure l'un des plus beaux films de l'Histoire du cinéma. Séduit par ses films, William Fox avait convaincu Murnau de traverser l'Atlantique pour travailler à Hollywood avec des moyens illimités. Son nouveau projet était d'une adaptater un roman de l'écrivain allemand Hermann Südermann. La trame paraît simpliste : un homme, deux femmes et la passion qui vient mettre en danger le couple initial. Mais "L'aurore" est une éclatante démonstration de la capacité du cinéma à faire vivre les émotions.
D'emblée, le ton est donné : "l'histoire de ces deux êtres ne se situe pas à un moment bien précis, elle paut se dérouler n'importe où, n'importe quand".
La brune qui vient de la ville veut vendre à l'homme l'image d'une ville faite de lumières et de plaisirs entêtants. Or la ville est faite de plaisirs, certes, mais aussi de dangers beaucoup plus terrestres : un coureur de jupons et des automobiles pressés par exemple. Au milieu de cet cité foisonnante, les deux êtres vont se réapprivoiser, en passant par le pardon, la redécouverte de soi puis finalement, l'amour. La séquence charnière du film se trouve dans la scène du mariage. A partir de ce tournant, l'homme comprend et réalise ce qui l'a uni à sa femme. Ainsi, le sentiment renaït. Le couple passe alors une journée idyllique, ou se côtoient le cocasse (chez le photographe, la scène avec le cochon) et l'insouciance (la danse traditionnelle, le baiser spontané lorsqu'ils posent). Il se permet même une incursion (magnifique) dans l'onirique lorsque les époux s'enlacent, inconscient du monde qui les entoure, vivant leur amour dans leur univers paradisiaque, provocant alors un embouteillage monstrueux.
Murnau parvient à créer l'illusion d'une vie réelle sur l'écran. Grâce à de magnifiques effets de mise en scène, les images prennent vie : les personnages existent, la ville s'anime, la nature éblouit. On croit entendre le brouhaha de la circulation ou le ruissellement de l'eau. Ce qui me fascine dans l'expressionisme allemand (au cinéma comme en peinture) c'est cette faculté à jouer sur les ombres et les lumières. Murnau était un génie dans son domaine : la justesse du cadre, la beauté absolue des images (ah, les retrouvailles la citadine et son amant au bord du lac !), des personnages et des situations, la maîtrise de l'évolution dramatique de l'histoire. A cette époque le cinéma ne comptait que sur la puissance de l'image pour raconter uine histoire et transmettre les sensations, sans artifices. La perfection formelle du métrage rend l'impact de cette histoire imparable.
"L'aurore" est une ode à l'amour fou, dont l'intemporalité lui confère une dimension universelle. Le revoir aujourd'hui balaie d'un coup d'un seul, tout ce cinéma contemporain qui ne jure que par les effets spéciaux et visuels à outrance, où la surenchère technique est devenue primordiale au détriment de ce supplément d'âme qui habitait les racines du septième art. Un chef d'oeuvre impérissable.
