Grand fan du cinéma de Michael Mann, depuis ses débuts télévisuels, je suis son parcours avec passion depuis des années. C'est donc avec impatience que j'attendais sa relecture de sa propre série phare des années 80 : Miami Vice. Pourtant le film souffrait d'une réputation de film maudit avant même sa sortie : seul acteur de la série à avoir été contacté pour reprendre son personnage du Lieutenant Castillo, Edward James Olmos a refusé de suite estimant que le script véhicule une image négative des latinos. Trois ouragans (dont Katrina) ont retardé les prises de vue, un agent de sécurité a fait feu sur un agresseur, Colin Farrell, quand il n'est pas saoûl, fait une overdose et part en désintox, Jamie Foxx joue les divas de service et 120 membres de l'équipe ont démissionné pour fuir les exigences obsessionnelles de Mann et des contraintes horaires infernales, le premier montage de 3 heures de Michael Mann est un désastre, et le compositeur de la série refuse de signer la B.O.
Un film de Michael Mann, c'est toujours un évènement : Le sixième sens, Le dernier des Mohicans, Heat, Ali, Révélations, Collateral ... Que des hits en puissance ! . Il est capable de passer d'un sujet à un autre avec une égale maîtrise, autant de terrains propices à une mise en scène avant gardiste mais qui ne s'aliène jamais le spectateur.
Pour ce qui est de Miami Vice,il ne s'agit pas d'une adaptation de la série, mais bien d'une relecture : l'action est contemporaine, pas le temps de raconter des blagues, le film se déroule quasi entièrement de nuit. Entièrement tourné en HD, en caméra embarquée, Mann apporte une dimension documentaire à son film, tant et si bien qu'on accompagne Crockett et Tubbs dans leur mission. Il réussit alors à conférer une âme à Miami, comme il l'a fait avec Los Angeles précédemment, et confirme ainsi sa totale maîtrise du style urbain. Avec ce dernier métrage, le spectateur est, comme à chaque fois avec Mann, époustouflé par la photographie crépusculaire, le cadrage impeccable, et sa façon de jouer sur le rythme du film.
C'est sur ce dernier point que les détracteurs de Miami Vice argumentent leur propos. Michael Mann filme à nouveau un genre qu'il maîtrise à la perfection, le polar, avec pour toile de fond un sujet qu'il connaît sur le bout des doigts, le milieu du traffic international et son infiltration par la police. Et alors qu'il pose toutes les bases de l'intrigue pendant une heure, certains ont l'impression qu'il ne se passe rien, alors que le cinéaste met en place tous les rouages qui font la mécanique de son film (et de son cinéma). Michael Mann est un cinéaste visuel, certes, mais à l'opposé de l'esthétique clippesque et survolté de Michael Bay, symbôle actuel du cinéma boum boum. Alors, non, point de gunfights et d'explosions à tout va dans son film. Ce n'est pas le sujet du film, ce n'est pas le genre de Monsieur. Et c'est tant mieux. Mann est un metteur en scène qui s'attache à ses personnages, leur accordant une profondeur psychologique intéressante.
C'est ce qui fait qu'aucun personnage chez lui ne paraît secondaire (voir Heat), tant ils sont campés avec beaucoup de force et de conviction par ses acteurs. Jamie Foxx/Ricardo Tubbs est ici déterminé et pro, conscient des risques, on sent que jamais il n'oubliera sa condition de flic infiltré. A l'inverse, Colin Farrell/Sonny Crockett est plus trouble, émotionnellement impliqué, on devine qu'il a du mal à ne pas franchir la ligne. Sa virée à La Havane avec la maîtresse du trafiquant donne ainsi lieu à de superbes élans romantiques. Gong Li est alors magistrale, laissant un peu se fissurer la beauté froide qu'elle avait l'habitude de nous présenter, devenant par là plus humaine, plus accessible.
Une fois tous les éléments exposés, Mann se penche sur la résolution de l'intrigue. Et c'est uniquement là qu'il a besoin de mettre de l'action et donc de hausser le rythme. Son film est un polar tendu, dense. On assiste alors à une mission de sauvetage d'anthologie (après le braquage de la banque dans Heat, voici un autre classique) suivie par un dénouement au gunfight riche d'une intensité et d'une puissance rares depuis la somnolence de John Woo.
Miami Vice n'est peut-être pas aussi complet que Heat, pas aussi abouti que Révélations, et pas aussi mythologique que Collateral. Il n'en reste pas moins un excellent nouveau chapitre du cinéma d'un Michael Mann perfectionniste, exigent, moderne et intelligent. Il contribue à écrire l'histoire d'un cinéaste majeur en passe de rentrer définitivement dans le panthéon des plus grands. Après tout ce n'est quand même pas si mal, vous ne trouvez pas ?




