Miami Vice, de Michael Mann, avec Colin Farrell, Jamie Foxx, Gong Li

Miami Vice, de Michael Mann, avec Colin Farrell, Jamie Foxx, Gong Li
Sonny Crockett et Ricardo Tubbs sont deux flics de la police de Miami chargé d'infiltrer la pègre locale. Mais l'histoire se complique lorsque Crockett se lance corps et âme dans une relation amoureuse avec la maîtresse d'un puissant trafiquant.

Grand fan du cinéma de Michael Mann, depuis ses débuts télévisuels, je suis son parcours avec passion depuis des années. C'est donc avec impatience que j'attendais sa relecture de sa propre série phare des années 80 : Miami Vice. Pourtant le film souffrait d'une réputation de film maudit avant même sa sortie : seul acteur de la série à avoir été contacté pour reprendre son personnage du Lieutenant Castillo, Edward James Olmos a refusé de suite estimant que le script véhicule une image négative des latinos. Trois ouragans (dont Katrina) ont retardé les prises de vue, un agent de sécurité a fait feu sur un agresseur, Colin Farrell, quand il n'est pas saoûl, fait une overdose et part en désintox, Jamie Foxx joue les divas de service et 120 membres de l'équipe ont démissionné pour fuir les exigences obsessionnelles de Mann et des contraintes horaires infernales, le premier montage de 3 heures de Michael Mann est un désastre, et le compositeur de la série refuse de signer la B.O.

Un film de Michael Mann, c'est toujours un évènement : Le sixième sens, Le dernier des Mohicans, Heat, Ali, Révélations, Collateral ... Que des hits en puissance ! . Il est capable de passer d'un sujet à un autre avec une égale maîtrise, autant de terrains propices à une mise en scène avant gardiste mais qui ne s'aliène jamais le spectateur.
Pour ce qui est de Miami Vice,il ne s'agit pas d'une adaptation de la série, mais bien d'une relecture : l'action est contemporaine, pas le temps de raconter des blagues, le film se déroule quasi entièrement de nuit. Entièrement tourné en HD, en caméra embarquée, Mann apporte une dimension documentaire à son film, tant et si bien qu'on accompagne Crockett et Tubbs dans leur mission. Il réussit alors à conférer une âme à Miami, comme il l'a fait avec Los Angeles précédemment, et confirme ainsi sa totale maîtrise du style urbain. Avec ce dernier métrage, le spectateur est, comme à chaque fois avec Mann, époustouflé par la photographie crépusculaire, le cadrage impeccable, et sa façon de jouer sur le rythme du film.
C'est sur ce dernier point que les détracteurs de Miami Vice argumentent leur propos. Michael Mann filme à nouveau un genre qu'il maîtrise à la perfection, le polar, avec pour toile de fond un sujet qu'il connaît sur le bout des doigts, le milieu du traffic international et son infiltration par la police. Et alors qu'il pose toutes les bases de l'intrigue pendant une heure, certains ont l'impression qu'il ne se passe rien, alors que le cinéaste met en place tous les rouages qui font la mécanique de son film (et de son cinéma). Michael Mann est un cinéaste visuel, certes, mais à l'opposé de l'esthétique clippesque et survolté de Michael Bay, symbôle actuel du cinéma boum boum. Alors, non, point de gunfights et d'explosions à tout va dans son film. Ce n'est pas le sujet du film, ce n'est pas le genre de Monsieur. Et c'est tant mieux. Mann est un metteur en scène qui s'attache à ses personnages, leur accordant une profondeur psychologique intéressante.
C'est ce qui fait qu'aucun personnage chez lui ne paraît secondaire (voir Heat), tant ils sont campés avec beaucoup de force et de conviction par ses acteurs. Jamie Foxx/Ricardo Tubbs est ici déterminé et pro, conscient des risques, on sent que jamais il n'oubliera sa condition de flic infiltré. A l'inverse, Colin Farrell/Sonny Crockett est plus trouble, émotionnellement impliqué, on devine qu'il a du mal à ne pas franchir la ligne. Sa virée à La Havane avec la maîtresse du trafiquant donne ainsi lieu à de superbes élans romantiques. Gong Li est alors magistrale, laissant un peu se fissurer la beauté froide qu'elle avait l'habitude de nous présenter, devenant par là plus humaine, plus accessible.
Une fois tous les éléments exposés, Mann se penche sur la résolution de l'intrigue. Et c'est uniquement là qu'il a besoin de mettre de l'action et donc de hausser le rythme. Son film est un polar tendu, dense. On assiste alors à une mission de sauvetage d'anthologie (après le braquage de la banque dans Heat, voici un autre classique) suivie par un dénouement au gunfight riche d'une intensité et d'une puissance rares depuis la somnolence de John Woo.

Miami Vice n'est peut-être pas aussi complet que Heat, pas aussi abouti que Révélations, et pas aussi mythologique que Collateral. Il n'en reste pas moins un excellent nouveau chapitre du cinéma d'un Michael Mann perfectionniste, exigent, moderne et intelligent. Il contribue à écrire l'histoire d'un cinéaste majeur en passe de rentrer définitivement dans le panthéon des plus grands. Après tout ce n'est quand même pas si mal, vous ne trouvez pas ?

# Posté le jeudi 23 août 2007 09:47

Apocalypto, de Mel Gibson, avec Rudy Youngblood, Raoul Trujilo

Apocalypto, de Mel Gibson, avec Rudy Youngblood, Raoul Trujilo
"Apocalypto" décrit la capture d'une petite tribu forestière par des Mayas accablés par les fléaux et qui tentent de satisfaire les dieux en sang humain. L'action se déroule à la fin de l'ère maya, juste avant l'arrivée des Espagnols en péninsule du Yucatàn. Le film raconte l'histoire du fils du chef de tribu qui lutte pour sa vie et pour retrouver sa femme et son fils après avoir été fait prisonnier.

Après des réalisations aussi brillantes que controversées, Mel Gibson revient derrière la caméra avec en main une histoire prenant place à l'époque des Mayas. Fort de son expérience sur "la passion du Christ", et dans sa volonté osée d'immerger pleinement le spectateur dans son film, il tourne en langue originelle. La démarche peut surprendre une nouvelle fois, mais force est de constater qu'elle fait son effet. Le spectateur a littéralement l'impression d'assister à une reconstitution minutieuse en règle d'une époque relativement méconnue.
Dès la séquence d'ouverture, Mel Gibson promène le spectateur dans les bois amazoniens, en compagnie d'une tribu d'indigènes, faisant des personnages de chasseurs des êtres attachants. Leur rapport à la nature est alors prétexte à des images à couper le souffle, que le réalisateur filme avec un sens aigü du cadre que ne renierait pas un certain Terrence Malick (on pense à "la ligne rouge"). Mais la comparaison s'arrête là, tant leur style est différent. Là où Malick fait dans la poésie et le métaphysique, Gibson prône un cinéma brut de décoffrage. Au contraire de "la passion du Christ" où le parti pris pouvait prêter à confusion, notamment en ce qui concerne la complaisance proche du voyeurisme face à la souffrance, l'approche fonctionne ici aussi bien dans le fond que dans la forme.

Gibson s'attache plus à filmer l'homme dans ce qu'il a de primitif (et non de primaire). Plus que la reconstitution historique, le film est une parabole de la fin d'une époque, mise en exergue par le parcours d'un homme déraciné, arraché à sa nature luxuriante, puis confronté à la folie d'une civilisation maya sur le déclin. Animé d'une énergie démentielle, Gibson offre une vision extrêmement pessimiste d'une humanité sombrant dans la folie. Ainsi, Le réalisateur souligne l'opposition entre la civilisation, décadente et esclavagiste, faisant la part belle aux rites sacrificiels, et la nature protectrice, peuplée de tribus respestueuses des traditions. Dès lors, Patte de Jaguar fuira, pour retourner dans la nature, retrouver sa famille abandonnée, préserver ce qui reste de son monde.
S'ensuit alors une chasse à l'homme où la mise en scène prend toute son ampleur, aux effets parfois un peu trop appuyés, mais offrant ainsi des scènes d'une grande intensité. Le film vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher. Les effets récurrents du cinéaste (ralentis, gore) participent pleinement à la mise en place d'un style puissant, à l'impact non démenti, propre au réalisateur qui s'affirme de film en film. Alors sur fond de décadence et de chaos sanguinaire, on assiste à la naissance d'un héros. Les mayas qui le traquent, quant à eux, ne sont que le reflet de la folie des hommes qui accompagne toujours la fin d'une époque. Là où certains y voient la caricature des mayas, que Mel Gibson aurait barbarisés, j'y vois pour ma part, comme pour "Braveheart", la maîtrise d'un réalisateur appuyant avec brio le propos du film. Alors quoi ? Seul Woo pourrait utiliser les ralentis pour chorégraphier l'action ?

Mel Gibson signe une parabole puissante et spectaculaire sur une fin de civilisation. Mais aussi, le film se veut un manifeste dénonçant les dangers de la corruption, de la violence et de la perte de repères qui gangrènent nombre de sociétés contemporaines, pouvant alors conduire aux mêmes conséquences. "Apocalypto" prend alors une autre dimension, passant du statut de simple survival exotique à celui d'oeuvre humaniste.

# Posté le jeudi 23 août 2007 09:50

L'anglais, de Steven Soderbergh, avec Terrence Stamp, Peter Fonda, Luiz Guzman

L'anglais, de Steven Soderbergh, avec Terrence Stamp, Peter Fonda, Luiz Guzman
Fraîchement sorti de prison, Wilson quitte l'Angleterre pour venir à Los Angeles, afin de venger la mort de sa fille, dont il soupçonne son amant, Terry Valentine, producteur de disques, d'en être le responsable. Dans ce pays étranger, sa différence lui vaut quelques complications. Il décide alors de riposter. Tout le monde est prévenu : l'anglais est en ville.

Steven Soderbergh est un cinéaste intuitif et très doué. C'est reconnu. Alors le détenteur de la palme d'or 1989 , qui vient de connaître le succès complet avec "hors d'atteinte", surprend un peu lorsqu'il décide de filmer une énième histoire de vengeance.
On a tendance à dire souvent que, jamais la forme ne peut compenser l'absence de fond. Avec "l'anglais", on se trompe. Car cette sempiternelle histoire de quête vengeresse prend une autre dimension sous la caméra de Soderbergh. Fort de ses expérimentations réussies dans "hors d'atteinte", en ce qui concerne la déstructuration de son récit, il décide de les pousser plus avant pour en faire la traduction psychologique de l'état mental de son personnage principal. En utilisant de manière astucieuse la voix off pour accompagner ses images, il triture et s'amuse avec la chronologie de l'intrigue, de manière formelle, tout en restant, et c'est là l'exploit, cohérent.
Paradoxalement, c'est par le biais de ce jeu sur l'image que ces personnages existent. Aucun d'eux n'est dépeint de façon simple, manichéenne : pas un des protagonistes de Soderbergh n'est entièrement noir ou blanc, chacun recèle une infinie palette de gris. Wilson (Terrence Stamp) est un criminel dont le nombre de mauvaises actions est au moins aussi élevé que celui de l'homme qu'il traque. Mais Wilson est également (surtout) un père qui aime sa fille. au même titre, Valentine est un amant attentionné et romantique, tout autant que le chef d'une organisation criminelle.

Soderbergh est un cinéaste expérimenté qui, par l'entremise de la forme, permet à ses acteurs de se libérer. C'est de cette liberté que découle l'authenticité des sentiments. Le réalisateur aime ses comédiens, il les guide et les regarde s'approprier leurs personnages. Il les utilise et travaille en symbiose avec eux pour créer un film qui explore les sentiments d'une façon totalement inédite. Alors il nous offre un face à face splendide entre deux géants du cinéma, Terrence Stamp (vu chez Pasolini et autres fellini) et Peter Fonda (gloire de "Easy Rider"), entre la rigueur anglaise et le soleil californien. Soderbergh filme alors la Californie avec un oeil froid, distant en épousant ainsi le point de vue de Wilson, tout en contrastant avec une B.O.F riches en tubes régionaux des 60's, dont Terry Valentine est l'icône. Aussi, Valentine parle volontiers de son passé dans les années 60, là où Wilson reste obscur. C'est à peine si on en devine les grandes lignes lorsque Soderbergh utilise des images de "pas de larmes pour Joey" de Ken Loach. Cet antagonisme se révèle encore dans le jeu des acteurs, le sourire carnasssier de Fonda face au regard froid et dur de Stamp. Les deux sont d'époustouflants piliers vieillis mais toujours solides de la maison cinéma.

"L'anglais" est un film intelligent, non dénué d'humour, servi par une mise en scène originale et inventive, et par un casting d'envergure. A découvrir.
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# Posté le jeudi 23 août 2007 09:58

V pour Vendetta, de James Mc Teigue, avec Hugo Weaving, Natalie Portman, Stephen Rea, John Hurt

V pour Vendetta, de James Mc Teigue, avec Hugo Weaving, Natalie Portman, Stephen Rea, John Hurt
Angleterre.
La verte Albion est aux mains du fascisme. Le " Système ", appareil d'état omniprésent, surveille tout et tous. Dans cet enfer où la répression brutale et les humiliations individuelles sont monnaie courante, chacun s'est résigné à son sort. Personne n'ose plus se battre contre le Système. Personne... sauf V. Mais qui est V ? Un idéaliste qui veut allumer l'espoir au c½ur d'un monde trop noir ? Un tragédien mégalomane emporté par sa passion pour Shakespeare ? Un bouffon qui souhaite rire aux dépens de l'ordre établi ? Un anarchiste aux idées révolutionnaires dépassées ? Un terroriste fanatique qui ne reculera devant lien pouf abattre le gouvernement ou simplement un fou ? El si V était simplement synonyme de vengeance ? V... pour Vendetta !

A l'annonce de l'adaptation de la fantastique BD de Alan Moore, V for Vendetta, dire que les attentes des fans étaient nombreuses est un euphémisme. Considérée comme le graphic novel le plus subversif qui ait été dessiné, nombreux sont ceux qui craignaient une édulcoration pure et simple du propos de Alan Moore.
Ce sont donc les créateurs de "Matrix", apologie cinématographique de la culture underground, qui se sont lancés dans l'aventure. On retrouve ici certains des artifices des frères Wachowski, comme ce rapport conflictuel à l'autorité, déjà sousjacent dans leur trilogie précédente, ou dans la chorégraphie des scènes d'action. Le réalisateur James Mc Teigue devait ainsi être "épaulé" par ses désormais renommés producteurs ...
Mais là n'est pas l'intérêt premier de ce film. Pour une fois, dans un blockbuster, tout est dans le message. Et c'est là que V pour Vendetta fait fort : financé par une major, il relaye malgré tout les propos tenus dans son média d'origine.

Londres est soumis à la dictature. La liberté d'expression est inexistante, y compris au sein même de l'ordre établi. La manipulation de l'opinion publique s'effectue par le biais des médias, omniprésents dans la vie des citoyens, que ce soit pour promouvoir les actions du régime en place ou pour discréditer les (rares) opposants. L'étroitesse d'esprit est également caractérisée visuellement par le minimalisme architectural, et le refus du droit à la culture. Dans ce contexte social rappelant les pires heures de notre histoire, différents types de résistances se profilent.
Tout d'abord, la résistance intellectuelle, passive, qui consiste à accéder à ses droits à l'insu des autorités, comme ce professeur qui a aménagé dans son appartement une pièce cachée où il entrepose des objets d'arts et oeuvres littéraires. Entretenant un rêve de liberté, il refuse toute idée de violence : pour vivre libres, vivons cachés ...

Puis il y a l'action, la revendication à haute voix de sa liberté, la voie qu'a choisi V. Et c'est là que le film est intelligent. V est a priori l'exact opposé du système qu'il combat : véritable révolutionnaire, il agit pour le réveil des consciences, son intérieur est raffiné, presque gothique, sa culture semble immense et hétéroclite (son remember, remember, the fifth of November est directement tiré d'une chanson de John Lennon), sa liberté de penser anticonformiste captivante. Les actions qu'il entreprend sont mises en scène avec un goût prononcé pour le théâtral et la symbolique (la scène d'ouverture). Mais il choisit de combattre le Mal par le Mal, au risque de se perdre. Par là même, le personnage interprété par Natalie Portman est le révélateur de la condition de V. A l'instar du spectateur, elle est tout d'abord fasciné par ce héros sorti de nulle part, qui ose affronter seul un régime afin de provoquer les changements salutaires dont le monde à besoin. Mais elle en a peur également : elle est captive dans une prison dorée, assiste à la vendetta terroriste de son hôte, ce qui sème le trouble dans son esprit. Devenu lui même un extrême, V n'agirait-il pas par pure vengeance, où est-il totalement devenu esclave de ses idéaux ? Le film pose ainsi cette question : quel que soient les totalitarismes auquel nous sommes confrontés, jusqu'où peut-on aller pour retrouver la liberté ? Doit-on opposer aux extrémismes une autre sorte d'extrême ? L'ambiguité du personnage de V, incarnation de la volonté de changement et en même temps le symbole du terrorisme, démontre ainsi l'originalité du traitement de ce sujet difficile. Ce refus du manichéen est un des atouts majeurs du métrage.

Le casting, fort bien choisi, est à la hauteur du film. Hugo Weaving campe un V complexe, tour à tour fascinant et effrayant. Voir le film en V.O permet de prendre pleinement la mesure de sa prestation. Quant à Natalie Portman, elle tient là son rôle le pus difficile jusqu'à présent, et confirme ce qu'elle laisse penser depuis "Léon" : c'est une grande actrice, destinée à une grande carrière. Et c'est avec grand plaisir que l'on retrouve Stephen Rea, impeccable en inspecteur de police en proie au doute. La mise en scène est efficace, illustrant parfaitement le message porté par le film, que ce soit dans les décors ou dans les mouvements de caméra, sans exagérer par des artifices visuels qu'il aurait été facile de disséminer tout au long du film, ce qui en fait définitivement un blockbuster vraiment pas coomme les autres !

Par son refus du compromis, "V pour Vendetta" est un pamphlet anti-totalitaire, subversif au discours contestataire et révolutionnaire comme on n'en avait pas vu depuis ... allez, Zombie de Romero ! Un chef d'oeuvre à voir et à revoir, à l'heure où les extrêmismes de toutes sortes émergent aux quatre coins du monde ....

Remember, remember, the fifth of November ....
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# Posté le jeudi 23 août 2007 10:01

Le dahlia noir, de Brian De Palma, avec Josh Hartnett, Aaron Eckhart, Scarlett Johansson, Hilary Swank

Le dahlia noir, de Brian De Palma, avec Josh Hartnett, Aaron Eckhart, Scarlett Johansson, Hilary Swank
Los Angeles, 1947. Deux flics boxeurs sont chargés d'enquêter sur un crime atroce qui défraie la chronique.
« Le dahlia noir » est l'adaptation du roman éponyme de James Ellroy. Déjà adapté plusieurs fois au cinéma, l'auteur ne vit jamais l'équivalent de son ½uvre sur grand écran, hormis lorsque Curtis Hanson livra un « L.A Confidential » mémorable, aidé en cela par un casting exceptionnel.
Très refroidi par les critiques assassines et un bouche à oreille plus que mitigé lors de sa sortie, je n'ai pas pris le risque d'acheter le billet pour découvrir le dernier film de De Palma en salles. Mais dans mon refus de rester dans l'ignorance, je décidai de m'offrir une séance de rattrapage en DVD. Dès lors, conscient que bien adapter Ellroy tient de l'exploit, je me suis conditionné en abordant le film sous deux angles différents, le premier étant celui de l'attente d'une adaptation réussie, le deuxième étant l'espoir de retrouver un De Palma inscrit aux abonnés absents depuis 1992 et son mythique « L'impasse ».

Tout dans ce projet était alléchant. Un roman noir qui traite d'un meurtre non élucidé dans la cité des anges des années 40, dont l'auteur partage le funeste destin de la victime, sa mère ayant elle aussi été assassinée, sans qu'on ait retrouvé le ou les coupables, un casting intéressant, le tout avec Brian De Palma aux manettes.

Alors pourquoi la mayonnaise ne prend pas ?

Les acteurs soufflent le chaud et le froid. Là où Aaron Eckhart fait dans la facilité (et dans la surenchère) pour incarner Lee Bernard, Josh Hartnett surprend par son aspect ténébreux et sa façon d'introvertir qui correspond bien au personnage de Bucky. L'acteur, que j'avais jusqu'alors tendance à considérer comme un véritable concombre impavide, laisse alors entrevoir un champ de possibilités artistiques intéressantes. Mais la pauvre Scarlett Johansson, qu'on a pu adorer dans « Lost in translation » ou « Match point », ne parvient jamais à être crédible en bête de sexe glamour. Hors, ce qui ont déjà lu Ellroy savent combien le sexe joue un rôle primordial, car il y détermine souvent le crime. Pour personnifier la tentation charnelle, Scarlett Johansson fait piètre figure face à Hilary Swank, la vraie femme fatale de ce film, encore une fois excellente dans un rôle diamétralement opposé à sa renversante performance dans « Million dollar baby ». Et je ne lui ferai même pas l'affront de la comparer à Kim Basinger dans « L.A Confidential » ...
Mais là où le bât blesse réellement, c'est dans l'adaptation elle-même. En se focalisant sur ses personnages, De Palma a commis deux erreurs, qui sont étroitement liées. Le cinéaste a oublié de filmer un élément clé de son histoire : Los Angeles. Malgré la finesse de la reconstitution historique, il n'a à aucun moment réussi à retranscrire le charme vénéneux de la cité des anges de l'époque, contrairement à Curtis Hanson qui était parvenu à nous plonger dans un univers de vices et de luxes en traitant la ville comme un personnage à part entière. Alors, De Palma s'est attaché à explorer ses personnages, à travers l'impact que cette enquête a sur eux. Mais en alignant les poncifs du genre et en replaçant l'intrigue policière au second plan, il instaure un rythme bancal, marqué par des longueurs dispensables qui édulcorent le film.

Pourtant, « le dahlia noir » n'est pas un film raté. Loin de là. Brian De Palma signe là son retour au premier plan. On retrouve dans ce dernier film le réalisateur de « Les incorruptibles », à la mise en scène virtuose, inspiré par Hitchcock (la scène des escaliers !), aidé par un directeur photo qui livre ici un travail somptueux, participant pleinement à la retranscription d'un univers en même temps qu'à la renaissance d'un cinéaste majeur. Alors même si la scène de la fusillade n'atteint jamais le niveau de celles de « Les incorruptibles « ou de « L'impasse » en terme de maîtrise, même si l'atmosphère envoûtante digne des polars d'antan aurtait gagné à être plus sombre, ce film a le mérite de sonner le réveil d'un monstre sacré du cinéma, habitué aux casseroles depuis une quinzaine d'années (« Mission to Mars », « Femme fatale »), malgré un « Snake eyes » honorable.

Rien que pour çà, « Le dahlia noir » mérite d'être vu.

# Posté le jeudi 23 août 2007 10:03