Bud Light

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# Posté le jeudi 23 août 2007 13:39

Bud Light

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# Posté le jeudi 23 août 2007 13:41

John Woo, réalisateur

John Woo, réalisateur
Né à Canton en 1946 (chine populaire), John Woo s'installa très rapidement à Hong Kong avec sa famille alors qu'il n'était âgé que de quatre ans. Issu d'un milieu pauvre, ses parents n'ont pus le mettre à l'école qu'à l'âge de neuf ans grâce à des aides financières de familles catholiques américaines. Mais des jours meilleurs se profilent, avec son entrée à 23 ans au Matteo Ricci College, où il va s'essayer à ses premiers courts métrages en 8 millimètres. Sa passion du cinéma grandissante, il devient assistant à la Cathay Organisation, avant d'être enrôlé deux ans plus tard (en 1971) dans la plus grande société de production Hongkongaise : la Shaw Brothers.
Aux côtés de Chang Cheh, l'un des réalisateurs les plus talentueux de sa génération, John Woo apprend toutes les bases du cinéma d'action et est très vite remarqué par le groupe concurrent de la Shaw Brothers, la Golden Harvest, qui la convaincu de signer en 1973 son premier long métrage, The Young Dragons. Jugé trop violent, le film a été coupé à plusieurs reprises. John Woo n'a pas encore réussi à faire passer son idée du cinéma auprès de ses pairs.

Obligé de suivre les lignes directives imposées par sa maison de production, il s'enlisera dans bon nombre de comédies dont Money Crazy et de films d'arts martiaux tels que Dragon Master, dans lesquels il ne peut s'exprimer librement. En 1983, qui correspond à la période où John Woo n'a pratiquement plus de succès auprès du public et dans laquelle il envisage même d'arrêter le cinéma, une rencontre avec le cinéaste Tsui Hark va tout changer.
Ce dernier lui laisse quartier libre pour son prochain film. C'est de là qu'est né en 1986 le plus gros carton de l'histoire du box office Hongkongais. Il s'agit bien sûr de "A Better Tomorrow". John Woo retrouve enfin son cinéma de prédilection, le polar. On y découvre tous les ingrédients de la nouvelle mode Heroic Characters. Un personnage principal tourmenté psychologiquement qui va se purger dans la violence muni d'un Beretta dans chaque main, un look stéréotypé... Un nouveau cinéma est né, qui va lancer le genre culte.

Un an plus tard, en 1987, Tsui Hark persuade John Woo de faire une suite. "A Better Tomorow 2" est un peu décevant par rapport au premier, avec notamment un scénario assez lourd, rattrapé tout de même par un final magistral. Mais c'est l'année 1989 qui a vu naître LE chef d'oeuvre de John Woo, "The Killer", qui s'impose tout simplement comme le meilleur polar d'action de tous les temps. Influencé par de grands réalisateurs occidentaux (Jean Pierre Melville, Sam Peckinpah, Sergio Léone...) John Woo réussi avec ce film à propulser ses thèmes chers (l'amitié, la trahison, la quête de la justice) à leur paroxysme, grâce à un découpage des scènes qui enfonce encore les dernières productions Hollywodiennes, et à des Gunfights éblouissants ponctués par des musiques envoûtantes ajoutant une teinte de romantisme au film. John Woo commence alors à être reconnu internationalement. Après "The killer", il réalisera trois dernier films à Hong Kong : "Once a Thief", "Bullet in the Head" et surtout "Hard Boiled", qui restera une référence en matière de Gunfights.

De peur que le cinéma de Hong Kong tombe sous le giron Chinois, il s'installe à Hollywood en 1992 pour réaliser "Chasse à l'homme" puis "Broken Arrow" en 1995. Deux films dans lesquels on ne reconnaît pas le talent de John Woo, encore aux prises avec la censure. Des débuts américains difficiles... Jusqu'en 1997, où est sorti sur nos grands écrans "Volte Face", qui restera pour le moment son meilleur film réalisé aux USA. On y retrouve un duo Travolta/Cage mis en scène dans un scénario à la limite de la science fiction mais dans lequel John Woo a su parfaitement développer la profondeur des personnages tout en nous livrant des "Gunfights" honorables. "Mission Impossible 2", qu'il réalisa en 2000, n'a franchement pas été à la hauteur des espérances du public, qui attendait un nouveau "Face Off". Résultat, une mise en scène bien maîtrisée mais qui ne laisse que très peu de place au rôle des personnages dans le scénario, qui est d'ailleurs quasi inexistant. Dommage, mais John Woo livra un nouveau film, "Wind Talkers", dans lequel on retrouve Nicolas Cage et Christian Slater dans le rôle de deux soldats pendant la deuxième guerre mondiale. Sans arriver à la cheville de l'immense "une balle dans la tête", le film est d'une qualité honorable et offre de bons moments. Il signa ensuite "Paycheck", avec Ben Affleck et Uma Thurman, film d'action mâtiné de S.F regardable, même si on est loin de ce qu'est capable de faire John Woo.

Il exploite des thèmes récurrents tels que la symétrie entre les êtres (tous ses films), l'infiltration dans la mafia, l'amitié et le sens de l'honneur. Ses films, souvent violents, délivrent toujours un message positif. Le film synthétisant le mieux ces aspects est sans doute Volte face, puisque les ennemis échangent leurs visages, avec notamment la scène du miroir à double face : chacun regarde son propre reflet et bien que se regardant soi-même, voit son ennemi.
Lorsqu'il produisait à Hong Kong, il n'hésitait pas à mettre en scène des tueries touchant aveuglément enfant et malades ; depuis qu'il est à Hollywood, il s'autocensure sur ces points . Il use (et, pour certains, abuse) de la « roulette mexicaine » (les personnages se pointent l'un et l'autre avec une arme, encore un symbole de la symétrie) et de l'apparition systématique de colombes dans chacun de ses films.
Il a révolutionné le cinéma d'action et a imposé son style, et d'une manière générale le style de Hong Kong, avec des « trucs » comme la tenue simultanée de deux pistolets, ou bien le fait de tenir un pistolet incliné, que l'on retrouve maintenant dans tous les films d'action de Matrix au Cinquième Élément en passant par Usual Suspects.


# Posté le jeudi 23 août 2007 15:34

The Killer, de John Woo, avec Chow Yun Fat, Danny Lee, Sally Yeh

The Killer, de John Woo, avec Chow Yun Fat, Danny Lee, Sally Yeh
Jeff, un tueur à gages décidé à changer de vie va, lors de son dernier "contrat", provoquer la cécité d'une jeune chanteuse. Pour trouver l'argent nécessaire à l'opération de la jeune femme, il accepte un autre contrat.

Attention : film culte ! The killer est LE chef d'oeuvre de John Woo, et ce à bien des égards.
Passons rapidement sur le casting. Sally Yeh n'apporte rien d'exceptionnel, vu qu'il lui est juste demandé de pleurer et crier. L'histoire d'amour de son personnage avec celui de Jeff est improbable, et est appuyée par une musique légèrement niaise. Ce léger défaut scénaristique fait écho au côté "déjà vu 100 fopis" de l'histoire du flic et du tueur. Mais c'est sans compter sur la mise en scène de John Woo et sur ses deux acteurs principaux. Danny Lee est impeccable en flic intègre et presévérant, avec juste ce qu'il faut de hargne et de conviction. Quant à Chow Yun Fat, il suffit de voir avec quel charisme et quelle classe légendaire il interprète ce tueur pas comme les autres pour se rendre compte à quel point cet acteur est un mythe !
Alors si le film est basé sur une histoire pouvant céder à la guimauve et la répétition, comment se fait-il que "the killer" ait une réputation aussi élogieuse ? Tout simplement parce que John Woo a fait en sorte que l'association des défauts et des qualités fasse basculer son film vers le mélodrame d'action.. Et ça marche ! C'est là son premier exploit.

Ce film est un poème épique et violent, à la mise en scène d'une virtuosité époustouflante. Autant influencé par Sergio Léone que par Jacques Demy ("les parapluies de Cherbourg" est un des films de chevet du réalisateur), John Woo cojnçoit ses gunfights comme des ballets, les chorégraphiant comme des sortes de danse de la mort. D'une intensité et d'une sauvagerie rares, la mise en images confère à ces scènes quelques choses d'aérien qui en fait des sommets du genre. MAis se limiter à ce seul aspect du film serait mal le comprendre, et passer à côté de ses nombreuses autres richesses.
Car "the killer" est un film de samouraïs en costards qui se servent de flingues en guise d'épées. Il innove en transposant l'esprit chevaleresque des films de sabre dans un univers policier contemporain. Ainsi, le film raconte une histoire d'hommes par l'entremise de thèmes tels que l'amitié virile, l'honneur et la rédemption. Cette dimenson tragique et shakespearienne du récit met en exergue les actes de ces hommes luttant pour des principes dépassés. Dès lors, de personnages de fiction, les protagonistes se transcendent pour atteindre un statut quasi mythologique. Ce parti-pris est prétexte à un des gimmicks récurrents du réalisateur, à savoir ce fameux face à face où les protagonistes se braquent simultanément et de manière quasi symétreique.

"The killer" est également un film charnière dans l'histoire du cinéma de genre. Il y a clairement un avnt et un après "the killer". A l'instar du "Piège de cristal" de John Mc Tiernan, il codifie les règles du genre. Nombre de cinéastes reconnaîtront l'influence du film de John Woo, que ce soit Tarantino avec "Reservoir dogs" ou les frères Wachowski avec "Matrix", pour ne citer que les plus célèbres.
Ici, l'usage du ralenti sert à magnifier une action, à en augmenter la portée. Mais l'artifice serait inutile s'il n'étai associé à un montage exemplaire, qu'il a élaboré depuis les deux "le syndicat du crime". A montrer dans toutes les écoles de cinéma, il tend à rallonger et à dilater l'action. Par exemple, jusqu'alors, lors d'une fusillade, le héros tirait et l'adversaire touché s'effondrait. Ici, le héros tire, l'adversaire est touché, le tireur continue, l'adversaire tombe, le tireur continue de "vider" son chargeur. En jouant ainsi sur le temps, John Woo confère une atmosphère irréaliste à ses scènes d'action. ce parti-pris est appuyé par le fait que jamais les protagonistes ne rechargent leurs armes tirant des milliers de balles. L'aspect matériel n'est plus une contrainte et le spectateur l'accepte sans difficulté.
De même, "the killer" joue sur l'espace. Que ce soit dans la scène du restaurant où lors de ce final dantesque à l'église, il multiplie les points de vue et explose ainsi les limites de l'espace. Les protagonistes, plongent, sautent, glissent et continuent de faire parler la poudre. Rien ne peut les arrêter. En déifiant ainsi totalement ses personnages, John Woo, fervent chrétien,n'a plus qu'à parachever son oeuvre en assénant de manière imparable une imagerie religieuse (croix, église, statues iconiques, colombes), que l'on retrouvera dans "Volte/Face".

"The killer" est un film incontournable, une oeuvre charnière qui a influenceé et influencera encore un grand nombre de réalisateurs. Parce que John Woo a un sens inné de la mise en scène, parce que Chow Yun Fat y livre sa meilleure prestation, parce que le film est un cas d'école, "the killer" peut à juste titre être considéré comme le plus grand ploar d'action de tous les temps.

# Posté le jeudi 23 août 2007 17:16

Modifié le vendredi 24 août 2007 03:44

Ghost Dog, de Jim Jarmusch, avec Forrest Whitaker, John Torney, Isaach de Bankolé

Ghost Dog, de Jim Jarmusch, avec Forrest Whitaker, John Torney, Isaach de Bankolé
Dans l'État du New-Jersey, un tueur à gage noir vit selon les préceptes du code d'honneur des samouraïs du Japon médiéval. Il vit seul, très simplement, en nourrissant ses pigeons, se faisant appeler Ghost Dog . Son « Maître », qu'il considère comme son sauveur à la suite d'un incident survenu huit ans auparavant, fait partie de la mafia italienne locale. Quand la fille du parrain devient le témoin d'un des contrats de Ghost Dog, celui-ci semble alors bien gênant pour les mafieux qui décident de s'en débarrasser au plus vite...

Avec "Ghost dog", d'une rare fluidité et sensibilité, Jarmusch perdure et consolide une recherche formelle au coeur du minimalisme, le plaçant parmi les plus intemporels cinéastes du moment. Jarmusch met en lumière son histoire et ses intentions grâce à des plans flous, des teintes dégradées et des fondus enchaînés.
Dans "Ghost dog" (comme dans tout très bon film), la forme est fondamentale. L'intrigue du film est totalement en phase avec cette notion. La forme dans l'histoire, c'est tout d'abord la manière dont on s'adresse aux autres. Jarmush s'amuse clairement en mettant en scène les relations humaines notamment dans le milieu mafieux où les gestes, les postures, les phrases typiques et la logique des petits gangsters italiens sont parodiées avec tendresse. L'éthique, le respect, on les retrouve surtout chez Ghost dog (extraordinaire Forrest Whitaker) qui se considère comme le vassal de son «maître» (une petite frappe qui l'a sauvé lorsqu'il était plus jeune). Il a un code d'honneur comme un personnage de Jean-Pierre Melville ("le Samouraï") ou de Akira Kurosawa ("les 7 samouraï", "Rashomon"). La forme est donc au coeur même des protagonistes secondaires mais surtout de Ghost dog qui est pour lui le moteur de ses activités (il agit vite et proprement, et s'entraîne pour garder la forme justement). Cette forme est sans doute la seule chose que l'on sait de lui car, au fond, on ne connaît pas du tout son background ni ce qu'il pense véritablement. Cela ajoute à son aspect mystique.

Ghost Dog est tour à tour une silhouette encapuchonnée, une ombre, un spectre noir dans la nuit. Une forme, a priori lourde et gauche, qui parvient pourtant à se faire oublier, qui se fond sans arrêt dans le décor. Au début du film, il marche dans la rue et son rythme de marche (à l'unisson avec la musique de RZA ) est tellement bien synchronisé qu'il parvient à passer à côté des gens sur le même trottoir sans que ceux-là l'aient remarqué (car il passe à côté d'eux lorsqu'ils tournent la tête ou se retournent pour parler). Très belle idée de mise en scène, fluide et musicale, qui résume finalement d'emblée l'essence de ce protagoniste silencieux et singulier. Il a en effet la candeur et le physique d'un Frankenstein (il se considère d'ailleurs lui-même comme un monstre) mais passe pourtant inaperçu. A l'inverse, Jarmusch nous présente des petits mafieux embarrassés par leur corps, souvent obèses, suants, boiteux ou ridés, jamais en accord avec leur environnement. A cette occasion, le cinbéaste semble dresser un portrait sans concessions de l'état du film de gangster contemporain. Cet hommage à un certain type de cinéma se retrouve également dans le dénouement, où le duel fait immanquablement penser au western.
La présence de groupes ethniques divers constitue un melting-pot des nationalités est aussi un creuset linguistique tendre et parfois amusant. Ainsi, on assiste à des transferts parfois très drôles de cultures, que certains personnages s'approprient: le mafieux fan de rap, le vendeur de glaces qui apprend lentement l'anglais, l'homme noir conditionné par la culture asiatique. Une scène nous montre Ghost Dog et son ami français (joué par le trop rare Isaach de Bankolé) admirant un espagnol en train de construire un bateau. Ils se parlent sans se comprendre, mais leur relation reste basée sur l'amitié.

"Ghost dog" est un film initiatique, où la forme est en parfaite adéquation avec le fond, à un niveau rarement atteint, Ce parti-pris est appuyé par le prisme omniprésent Forrest Whitaker, absolument formidable dans l'interprétation de ce personnage atypique.
"This is the way of the substance of the samouraï".

# Posté le vendredi 24 août 2007 04:57