Parmi les références culturelles qui rassemblent les cinéphiles du monde entier, on retrouve certains monstres sacrés dont la carrière prolifique bénéficie d'une aura internationale.
Au sein de ce palmarès d'artistes élevés au rang de mythes, Clint Eastwood occupe véritablement une place de choix dans le coeur des cinéphiles français, et dans le mien en particulier.
Clinton Eastwood Jr. naît le 31 mai 1930 à San Francisco, en Californie. Les Eastwood déménageront beaucoup les dix prochaines années et Ruth, la mère de Clint, donne à son fils une petite soeur en 1935. C'est en 1941 que Clint éprouve son premier choc cinématographique lorsque son père l'emmène voir "Yankee Doodle Dandy". En 1944, à l'âge de quinze ans, il fait ses débuts de comédiens en jouant dans la pièce de théâtre de son lycée. Sa passion pour le jeu d'acteur ne le quittera plus. Diplômé en 1948, il envisage de poursuivre ses études pour se spécialiser en musique (il joue du piano) lorsqu'il est appelé par l'armée en 1951 pour être enrolé durant la guerre de Corée. Là, il rencontre plusieurs personnes de l'industrie du cinéma, dont un assistant réalisateur de la Columbia. Tous l'encouragent à se lancer dans le métier d'acteur. Ayant fini son service en 1953, il se marie la même année avec Maggie Johnson.
En 1954, il passe un essai filmé et se retrouve engagé par la Columbia qui lui fait signer un contrat de quarante semaines. Il enchaîne alors les petits rôles dans de nombreuses séries B et autres films obscurs tels que "Francis in the Navy", "Tarantula", "Revenge of the Creature"... Délivré de son contrat avec Columbia en 1956, Clint apparaît dans de petits films et séries télé, doit parfois se trouver des jobs tels que creuser des piscines pour pouvoir vivre. Ses débuts sont donc difficiles, comme ceux de bon nombre de ses camarades. En 1958 enfin, il décroche un rôle à la télévision qui lui permettra de manger à sa faim durant les sept prochaines années: celui de Rowdy Yates dans la série "Rawhide". Le destin est en marche ....
"Rawhide", série de western, connaît un succès immédiat et lance la carrière de Clint Eastwood. Le programme durera sept ans et Eastwood finira par devenir la véritable star de la série. C'est à cette époque-là que l'acteur commence à forger son image de cowboy mythique, mutique et dur à cuire. Mais Eastwood finit par se lasser du personnage de Rowdy, qui ne recèle pas la moindre part d'ombre. Bien au contraire, il est le second rôle sympa qui se fourre touijours dans le pétrin ...
C'est en 1964 que sa carrière prend un tour décisif: il accepte de jouer le rôle principal du film "Pour une poignée de dollars", réalisé par un cinéaste italien jusqu'alors inconnu: Sergio Leone. Le film raconte l'histoire d'un cowboy dont personne ne connaît le nom qui arrive dans une petite ville du Mexique déchirée par l'affrontement de deux bandes rivales: l'une dirigée par le shériff John Baxter, complice des Indiens, et l'autre par Ramon Rojo. Le héros prend parti pour la bande de Rojo et flingue plus vite que son ombre ses assaillants. Il finira par se retourner contre ses alliés qui ont capturé une jeune femme et quittera la ville après avoir fait un peu de "ménage". Le film est un succès international et apporte une notoriété immédiate à Clint Eastwood, qui est dès lors surnommé en Europe El Cigarillo. L'année suivante, il enchaîne avec la suite du film de Leone: "Pour quelques dollars de plus", puis, en 1966, il tourne le dernier film de la trilogie de Leone où il incarne l'homme sans nom : "Le bon, la brute et le truand", qui deviendra un grand classique du western. C'est cette même année que s'achève "Rawhide". Devenu une star internationale de cinéma grâce à Leone, Eastwood peut porter sa carrière d'acteur vers d'autres horizons. A la fin des années 60, il continue de jouer dans des westerns comme "Pendez-les haut et court" et "Un shériff à New York", qui remportent de grands succès aux Etats-Unis. Et, pour couronner le tout, en mai 1968 naît le premier enfant de Clint, Kyle. La même année il crée sa société de production: Malpaso ("mauvais pas").
Les années 70 démarrent fort pour Eastwood, qui joue successivement dans "De l'or pour les braves" et "Sierra Torride". En 1971, il est couronné d'un Goden Globe qui le consacre "première star mondiale". Et, en dépit de l'échec commercial aux Etats-Unis du très intéressant film "Les proies" , dirigé encore une fois par Don Siegel, sa carrière reste au top. 1971 est une année importante pour Eastwood qui fait ses débuts de metteur en scène avec le thriller psychologique "Un frisson dans la nuit". C'est le début d'une carrière de cinéaste des plus prolifiques. Autre événement d'importance cette même année, la sortie du violent et controversé "Inspecteur Harry", qui assoit la notoriété de l'acteur et le propulse au panthéon hollywoodien. Dans ce film, où il incarne un flic aux méthodes pour le moins expéditives, Eastwood remplaçait au pied levé Frank Sinatra après que l'acteur ait été blessé. Immense succès, "L'Inspecteur Harry" connaîtra cinq suites, de qualité variable. En 1972 naît sa fille Alison et en 1973 il réalise son second long-métrage, un western mystique et baroque nommé "L'homme des hautes plaines". Dans la foulée, il tourne un troisième film en tant que réalisateur: "Breezy" dans lequel, pour la première fois, il ne joue pas. Le reste de la décennie est marquée pour Clint Eastwood de grands succès, à la fois en tant qu'acteur et réalisateur. Il entre dans l'histoire en devenant le seul acteur à figurer dans le top ten du box office une décennie entière. Il se sépare de Maggie Johnson.
Revenons un court instant sur le personnage de dirty Harry. Déjà remarqué par le rôle de l'homme sans nom, sorte de "bon" tout relatif, Clint Eastwood rencontre avec ce personnage son rôle le plus emblématique, mais également les problèmes qui vont avec. En effet, il campe un flic aux méthodes peu orthodoxes, sorte d'électron libre qui n'a que faire de sa hiérarchie. L'inspecteur Callahan est un anti-héros (il jette son insigne à la fin du premier film) qui ne fait pas dans la dentelle. Il n'en fallait pas plus pour que les critiques "avisées" de l'époque ne s'acharne sur l'acteur. Le personnage de Harry, et donc Eastwood, fut taxé de fascisme, doublé d'un monsieur muscle sans foi ni loi. Ulcéré par de tels propos, l'acteur sauta sur l'occasion lorsque les studios décidèrent de donner une suite au film. "Harry est un facho ? Et bien mettons le en présence d'autres fascistes et voyons comment il réagit !" Ce sera "Magnum Force". D'entrée le personnage de Harry Callahan est plus humain, il sort avec une asiatique, et surtout essaie d'élucider une série de crilmes dont les victimes sont tous des hors la loi exécutés par une police parallèle. A un moment clé du film, le leader de l'organisation démasqué lui demande pourquoi il refuse d'être recruté. Et Harry/Clint de répondre : "Vous m'avez mal jugé". A bon entendeur salut.
Les années 80 seront marquées pour Clint Eastwood de succès plus relatifs. Il ne jouera pas dans de vrais grands films comme cela avait été le cas dans les années 70 et même si sa carrière reste brillante, son succès commence à décliner. L'année 1980 commence pourtant bien lorsqu'il reçoit le Lifetime Achievement Award à la cérémonie des People's Choice Awards. La même année sort une autre de ses réalisations, dans laquelle il tient le rôle principal: "Bronco Billy", une comédie de western, qui sera un échec commercial en dépit de son indéniable qualité. Suivent "Firefox, l'arme absolue" et "Honkytonk Man", deux films qu'il réalise, ainsi que le quatrième film de la série des Inspecteur Harry: "Sudden Impact", qu'il réalise lui-même et qui est jugé par certains comme étant le meilleur de cette série de cinq films. En 1985, il effectue un bref retour au western en réalisant et interprétant "Pale Rider", un film brillant. L'année suivante, il devient maire de la petite ville de Carmel, en Californie, dont il était tombé amoureux dans les années 50 en effectuant son service militaire. Il dirigera la ville pour les deux prochaines années. Après un cinquième et ultime volet de L'Inspecteur Harry: "La dernière cible", il réalise "Bird", sur le génie du jazz Charlie Parker, dont il est un grand admirateur depuis le jour où il a assisté à l'un de ses concerts. Le film est une réussite et obtient un très bon accueil critique. On lui décerne le Golden Globe du meilleur réalisateur. Enfin, il achève la décennie par un bide: "Pink Cadillac".
Les années90 voient le retour en force du grand Clint, qui assoit sa notoriété de cinéaste en réalisant des films tels que "Chasseur blanc coeur noir", "Impitoyable" (qui lui vaudra de nombreuses récompenses dont l'Oscar du meilleur film et celui du meilleur réalisateur) ou encore l'émouvant "Sur la route de Madison", un film sentimental où il forme un couple irrésistible avec Meryl Streep. Clint Eastwood s'impose donc comme un cinéaste majeur de cette décennie et il est enfin reconnu par ses pairs. En revanche, "Un monde parfait", avec Kevin Costner dans le rôle principal, reçoit un accueil plus mitigé, bien qu'il s'agisse d'un excellent film humaniste. Il réalise également "Les pleins pouvoirs", "Minuit dans le jardin du bien et du mal" et "Jugé Coupable".
En ce début d'années 2000, avec la sortie des films "Space Cowboys" et "Créance de sang", on ne mise plus vraiment sur le cinéaste, qu'on dit vieillissant. Pourtant "Space cowboys" est une comédie dramatique de grande qualité, qui plus est rafraîchissant. Clint Eastwood fera mentir ses détracteurs en réalisant en 2003 le très sombre mais excellent "Mystic River", qui est vu par certains comme un chef d'oeuvre. En adaptant le roman de Dennis Lehane, Eastwood met dans le mille et signe un de ses films les plus sombres et les plus désenchantés. Cette histoire de vies déchirées et de vengeance connaît un grand succès, aussi bien public que critique, bénéficiant d'un bouche à oreille plus que flatteur. Le film, entre autres récompenses, consacrera Sean Penn et Tim Robbins aux Oscars. Et, alors qu'on croyait qu le cinéaste avait atteint son apogée sort "Million Dollar Baby", un mélo qui se déroule dans le milieu de la boxe. L'histoire est celle de Frankie Dunn (interprété par Eastwood), entraîneur de boxe bileux qui accepte à contrecoeur d'entraîner une jeune femme novice de trente ans, Maggie, et la propulsera aux sommets. C'est avant tout un film sur les rapports humains, amer et mélancolique mais d'un impact émotionnel impressionnant. Public et critique ne s'y trompent pas et font une véritable ovation au film, qui remporte quatre des plus prestigieuses récompenses aux Oscars: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice pour Hilary Swank (deuxième statuette de sa jeune carrière), meilleur acteur dans un rôle secondaire pour Morgan Freeman. Et déjà, on dit de ce film qu'il est un des meilleurs de la carrière du cinéaste, qui fait également là son retour en tant qu'acteur alors qu'il avait déclaré ne plus jouer dans ses films. Bien lui a pris d'interpréter Frankie Dunn: c'est là un de ses rôles les plus bouleversants.
Et, d'ores et déjà, le grand Clint a tourné en 2005-2006 : "Mémoires de nos Pères" (Flags of our Fathers) et "Letters from Iwo Jima". Et encore une fois il a su nous surprendre, en choisissant de filmer un dyptique sur le sujet de la seconde guerre mondiale. Comme il l'a dit «J'ai découvert le récit de la bataille et surtout tout ce qui a suivi : Comment ces presque gamins sont brutalement devenus des héros, comment des millions de gens les ont adulés, comment le gouvernement les a utilisés. Et tous n'ont cessé de dire que les vrais héros d'Iwo Jima (article historique) sont ceux qui n'en sont pas revenus. J'ai découvert également combien était cruciale la question du financement. Chaque jour de guerre coûtait 250 millions de dollars. C'était un vrai dilemme pour les gens qui devaient payer pour que leurs enfants aillent se faire tuer.»...
L'automne 2007 devrait voir le tournage de son futur film avec Angelina Jolie : "The Changelling".