Wild Horses, the rolling stones

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# Posté le vendredi 24 août 2007 06:10

Clint Eastwood, réalisateur, acteur, et mon idole.

Clint Eastwood, réalisateur, acteur, et mon idole.
Parmi les références culturelles qui rassemblent les cinéphiles du monde entier, on retrouve certains monstres sacrés dont la carrière prolifique bénéficie d'une aura internationale.
Au sein de ce palmarès d'artistes élevés au rang de mythes, Clint Eastwood occupe véritablement une place de choix dans le coeur des cinéphiles français, et dans le mien en particulier.

Clinton Eastwood Jr. naît le 31 mai 1930 à San Francisco, en Californie. Les Eastwood déménageront beaucoup les dix prochaines années et Ruth, la mère de Clint, donne à son fils une petite soeur en 1935. C'est en 1941 que Clint éprouve son premier choc cinématographique lorsque son père l'emmène voir "Yankee Doodle Dandy". En 1944, à l'âge de quinze ans, il fait ses débuts de comédiens en jouant dans la pièce de théâtre de son lycée. Sa passion pour le jeu d'acteur ne le quittera plus. Diplômé en 1948, il envisage de poursuivre ses études pour se spécialiser en musique (il joue du piano) lorsqu'il est appelé par l'armée en 1951 pour être enrolé durant la guerre de Corée. Là, il rencontre plusieurs personnes de l'industrie du cinéma, dont un assistant réalisateur de la Columbia. Tous l'encouragent à se lancer dans le métier d'acteur. Ayant fini son service en 1953, il se marie la même année avec Maggie Johnson.

En 1954, il passe un essai filmé et se retrouve engagé par la Columbia qui lui fait signer un contrat de quarante semaines. Il enchaîne alors les petits rôles dans de nombreuses séries B et autres films obscurs tels que "Francis in the Navy", "Tarantula", "Revenge of the Creature"... Délivré de son contrat avec Columbia en 1956, Clint apparaît dans de petits films et séries télé, doit parfois se trouver des jobs tels que creuser des piscines pour pouvoir vivre. Ses débuts sont donc difficiles, comme ceux de bon nombre de ses camarades. En 1958 enfin, il décroche un rôle à la télévision qui lui permettra de manger à sa faim durant les sept prochaines années: celui de Rowdy Yates dans la série "Rawhide". Le destin est en marche ....

"Rawhide", série de western, connaît un succès immédiat et lance la carrière de Clint Eastwood. Le programme durera sept ans et Eastwood finira par devenir la véritable star de la série. C'est à cette époque-là que l'acteur commence à forger son image de cowboy mythique, mutique et dur à cuire. Mais Eastwood finit par se lasser du personnage de Rowdy, qui ne recèle pas la moindre part d'ombre. Bien au contraire, il est le second rôle sympa qui se fourre touijours dans le pétrin ...
C'est en 1964 que sa carrière prend un tour décisif: il accepte de jouer le rôle principal du film "Pour une poignée de dollars", réalisé par un cinéaste italien jusqu'alors inconnu: Sergio Leone. Le film raconte l'histoire d'un cowboy dont personne ne connaît le nom qui arrive dans une petite ville du Mexique déchirée par l'affrontement de deux bandes rivales: l'une dirigée par le shériff John Baxter, complice des Indiens, et l'autre par Ramon Rojo. Le héros prend parti pour la bande de Rojo et flingue plus vite que son ombre ses assaillants. Il finira par se retourner contre ses alliés qui ont capturé une jeune femme et quittera la ville après avoir fait un peu de "ménage". Le film est un succès international et apporte une notoriété immédiate à Clint Eastwood, qui est dès lors surnommé en Europe El Cigarillo. L'année suivante, il enchaîne avec la suite du film de Leone: "Pour quelques dollars de plus", puis, en 1966, il tourne le dernier film de la trilogie de Leone où il incarne l'homme sans nom : "Le bon, la brute et le truand", qui deviendra un grand classique du western. C'est cette même année que s'achève "Rawhide". Devenu une star internationale de cinéma grâce à Leone, Eastwood peut porter sa carrière d'acteur vers d'autres horizons. A la fin des années 60, il continue de jouer dans des westerns comme "Pendez-les haut et court" et "Un shériff à New York", qui remportent de grands succès aux Etats-Unis. Et, pour couronner le tout, en mai 1968 naît le premier enfant de Clint, Kyle. La même année il crée sa société de production: Malpaso ("mauvais pas").

Les années 70 démarrent fort pour Eastwood, qui joue successivement dans "De l'or pour les braves" et "Sierra Torride". En 1971, il est couronné d'un Goden Globe qui le consacre "première star mondiale". Et, en dépit de l'échec commercial aux Etats-Unis du très intéressant film "Les proies" , dirigé encore une fois par Don Siegel, sa carrière reste au top. 1971 est une année importante pour Eastwood qui fait ses débuts de metteur en scène avec le thriller psychologique "Un frisson dans la nuit". C'est le début d'une carrière de cinéaste des plus prolifiques. Autre événement d'importance cette même année, la sortie du violent et controversé "Inspecteur Harry", qui assoit la notoriété de l'acteur et le propulse au panthéon hollywoodien. Dans ce film, où il incarne un flic aux méthodes pour le moins expéditives, Eastwood remplaçait au pied levé Frank Sinatra après que l'acteur ait été blessé. Immense succès, "L'Inspecteur Harry" connaîtra cinq suites, de qualité variable. En 1972 naît sa fille Alison et en 1973 il réalise son second long-métrage, un western mystique et baroque nommé "L'homme des hautes plaines". Dans la foulée, il tourne un troisième film en tant que réalisateur: "Breezy" dans lequel, pour la première fois, il ne joue pas. Le reste de la décennie est marquée pour Clint Eastwood de grands succès, à la fois en tant qu'acteur et réalisateur. Il entre dans l'histoire en devenant le seul acteur à figurer dans le top ten du box office une décennie entière. Il se sépare de Maggie Johnson.

Revenons un court instant sur le personnage de dirty Harry. Déjà remarqué par le rôle de l'homme sans nom, sorte de "bon" tout relatif, Clint Eastwood rencontre avec ce personnage son rôle le plus emblématique, mais également les problèmes qui vont avec. En effet, il campe un flic aux méthodes peu orthodoxes, sorte d'électron libre qui n'a que faire de sa hiérarchie. L'inspecteur Callahan est un anti-héros (il jette son insigne à la fin du premier film) qui ne fait pas dans la dentelle. Il n'en fallait pas plus pour que les critiques "avisées" de l'époque ne s'acharne sur l'acteur. Le personnage de Harry, et donc Eastwood, fut taxé de fascisme, doublé d'un monsieur muscle sans foi ni loi. Ulcéré par de tels propos, l'acteur sauta sur l'occasion lorsque les studios décidèrent de donner une suite au film. "Harry est un facho ? Et bien mettons le en présence d'autres fascistes et voyons comment il réagit !" Ce sera "Magnum Force". D'entrée le personnage de Harry Callahan est plus humain, il sort avec une asiatique, et surtout essaie d'élucider une série de crilmes dont les victimes sont tous des hors la loi exécutés par une police parallèle. A un moment clé du film, le leader de l'organisation démasqué lui demande pourquoi il refuse d'être recruté. Et Harry/Clint de répondre : "Vous m'avez mal jugé". A bon entendeur salut.

Les années 80 seront marquées pour Clint Eastwood de succès plus relatifs. Il ne jouera pas dans de vrais grands films comme cela avait été le cas dans les années 70 et même si sa carrière reste brillante, son succès commence à décliner. L'année 1980 commence pourtant bien lorsqu'il reçoit le Lifetime Achievement Award à la cérémonie des People's Choice Awards. La même année sort une autre de ses réalisations, dans laquelle il tient le rôle principal: "Bronco Billy", une comédie de western, qui sera un échec commercial en dépit de son indéniable qualité. Suivent "Firefox, l'arme absolue" et "Honkytonk Man", deux films qu'il réalise, ainsi que le quatrième film de la série des Inspecteur Harry: "Sudden Impact", qu'il réalise lui-même et qui est jugé par certains comme étant le meilleur de cette série de cinq films. En 1985, il effectue un bref retour au western en réalisant et interprétant "Pale Rider", un film brillant. L'année suivante, il devient maire de la petite ville de Carmel, en Californie, dont il était tombé amoureux dans les années 50 en effectuant son service militaire. Il dirigera la ville pour les deux prochaines années. Après un cinquième et ultime volet de L'Inspecteur Harry: "La dernière cible", il réalise "Bird", sur le génie du jazz Charlie Parker, dont il est un grand admirateur depuis le jour où il a assisté à l'un de ses concerts. Le film est une réussite et obtient un très bon accueil critique. On lui décerne le Golden Globe du meilleur réalisateur. Enfin, il achève la décennie par un bide: "Pink Cadillac".

Les années90 voient le retour en force du grand Clint, qui assoit sa notoriété de cinéaste en réalisant des films tels que "Chasseur blanc coeur noir", "Impitoyable" (qui lui vaudra de nombreuses récompenses dont l'Oscar du meilleur film et celui du meilleur réalisateur) ou encore l'émouvant "Sur la route de Madison", un film sentimental où il forme un couple irrésistible avec Meryl Streep. Clint Eastwood s'impose donc comme un cinéaste majeur de cette décennie et il est enfin reconnu par ses pairs. En revanche, "Un monde parfait", avec Kevin Costner dans le rôle principal, reçoit un accueil plus mitigé, bien qu'il s'agisse d'un excellent film humaniste. Il réalise également "Les pleins pouvoirs", "Minuit dans le jardin du bien et du mal" et "Jugé Coupable".

En ce début d'années 2000, avec la sortie des films "Space Cowboys" et "Créance de sang", on ne mise plus vraiment sur le cinéaste, qu'on dit vieillissant. Pourtant "Space cowboys" est une comédie dramatique de grande qualité, qui plus est rafraîchissant. Clint Eastwood fera mentir ses détracteurs en réalisant en 2003 le très sombre mais excellent "Mystic River", qui est vu par certains comme un chef d'oeuvre. En adaptant le roman de Dennis Lehane, Eastwood met dans le mille et signe un de ses films les plus sombres et les plus désenchantés. Cette histoire de vies déchirées et de vengeance connaît un grand succès, aussi bien public que critique, bénéficiant d'un bouche à oreille plus que flatteur. Le film, entre autres récompenses, consacrera Sean Penn et Tim Robbins aux Oscars. Et, alors qu'on croyait qu le cinéaste avait atteint son apogée sort "Million Dollar Baby", un mélo qui se déroule dans le milieu de la boxe. L'histoire est celle de Frankie Dunn (interprété par Eastwood), entraîneur de boxe bileux qui accepte à contrecoeur d'entraîner une jeune femme novice de trente ans, Maggie, et la propulsera aux sommets. C'est avant tout un film sur les rapports humains, amer et mélancolique mais d'un impact émotionnel impressionnant. Public et critique ne s'y trompent pas et font une véritable ovation au film, qui remporte quatre des plus prestigieuses récompenses aux Oscars: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice pour Hilary Swank (deuxième statuette de sa jeune carrière), meilleur acteur dans un rôle secondaire pour Morgan Freeman. Et déjà, on dit de ce film qu'il est un des meilleurs de la carrière du cinéaste, qui fait également là son retour en tant qu'acteur alors qu'il avait déclaré ne plus jouer dans ses films. Bien lui a pris d'interpréter Frankie Dunn: c'est là un de ses rôles les plus bouleversants.

Et, d'ores et déjà, le grand Clint a tourné en 2005-2006 : "Mémoires de nos Pères" (Flags of our Fathers) et "Letters from Iwo Jima". Et encore une fois il a su nous surprendre, en choisissant de filmer un dyptique sur le sujet de la seconde guerre mondiale. Comme il l'a dit «J'ai découvert le récit de la bataille et surtout tout ce qui a suivi : Comment ces presque gamins sont brutalement devenus des héros, comment des millions de gens les ont adulés, comment le gouvernement les a utilisés. Et tous n'ont cessé de dire que les vrais héros d'Iwo Jima (article historique) sont ceux qui n'en sont pas revenus. J'ai découvert également combien était cruciale la question du financement. Chaque jour de guerre coûtait 250 millions de dollars. C'était un vrai dilemme pour les gens qui devaient payer pour que leurs enfants aillent se faire tuer.»...

L'automne 2007 devrait voir le tournage de son futur film avec Angelina Jolie : "The Changelling".

# Posté le vendredi 24 août 2007 08:39

Modifié le vendredi 24 août 2007 12:35

Nosferatu le vampire, de Friedrich Wilhelm Murnau, avec Max Schreck, Gustav Von Wagenhelm, Greta Schroeder

Nosferatu le vampire, de Friedrich Wilhelm Murnau, avec Max Schreck, Gustav Von Wagenhelm, Greta Schroeder
À Brême en 1838, Thomas Hutter, un jeune clerc d'agent immobilier ayant fait un heureux mariage avec Ellen, doit partir en Transylvanie afin de vendre une propriété au dénommé Comte Orlok qui désire avoir une résidence dans la ville. Après un périple sur une terre d'ombres, le jeune homme est accueilli au sein d'un sinistre château par le Comte. Durant la transaction, Orlok aperçoit une image d'Ellen qui le fascine et décide d'acquérir une résidence proche de celle du couple. Hutter, hôte du Comte ne tardera pas à découvrir la véritable nature de celui-ci. Alors Nosferatu cheminera vers sa nouvelle propriété, épandant la mort et la désolation par la peste sur son sillage. Ellen bientôt en proie aux mains griffues de Nosferatu qui la convoite, laissera le Comte faire d'elle sa victime et sacrifie son sang au vampire pour sauver le reste de la communauté.

Ce film culte de Murnau est avant tout une adaptation illégale du "Dracula" de Bram Stocker, d'où le changement de des noms. Dracula devient le comte Orlock/Nosferatu (le "non-mort"), Harker devient Hutter et Mina, Ellen. Mais les connaisseuyrs reconnurent immédiatement le film pour ce qu'il est, e la veuve Stocker engagea des poursuites judiciaires afin d'empêcher, voire de détruire, le film. Murnau s'empare de ce roman gothique pour s'offrir son premier succès international, et livrer par la même occasion à l'expressionisme une symphonie de l'horreur, principalement fondée sur l'utilisation fantastique des décors naturels. En effet, le cinéaste suscite l'effroi chez le spectateur en filmant des forêts désertiques; des chevaux frémissants nerveusement dans les montagnes au cri d'une hyène, des voiles décrépies de navires cinglant vers le large. La sensation de terreur domine ainsi le récit, et intervient dès le début du film avec ce beffroi gothique, pour s'exprimer ensuite par le biais des fermetures de l'iris, ou ces caches circulaires qui recadrent les images pour y inscrire la malédiction vampirique. Cet état d'esprit ne disparaîtra qu'à la toute fin, lorsque les rayons du soleil dissiperaont les ombres de la mort planant sur les ruines du château du monstre.
Ce sont les éléments naturels qui sont les messagers de la mort; à l'instar de ce vent qui souffle sur les bosquets en fleur dès les premières images, celui là même qui gonflera les voiles du navire convoyant les cercueils et les brumes pestilentielles du vampire jusqu'au port de cette petite ville paisible. Il convient également de souligner un détail d'importance. Murnau n'avait pas conçu son film en noir et blanc classique, mais avec des teintes jaunes pour le jour, et les teintes bleues pour la nuit. Ce détail chromatique renforce encore un peu plus cette opposition entre le diurne et le nocturne, rajoutant au cachet et à l'atmosphère du film.

Sous un angle purement psychanalytique, "Nosferatu" c'est aussi un poème freudien sur l'amour fou, tournant autour du triangle composé de Ellen, Hutter et Orlock. Ellen, en pleine hallucination, visualise le vampirisme de l'âme de son mari, alors que, simultanément, Nosferatu reconnaît d'emblée le cou de la femme sur le médaillon de Hutter. Dans une alternance d'images parfaitement maîtrisé, Ellen tend alors les bras au vampire alors que ce dernier, à mille lieues de là, vient d'assouvir sa soif de sang au détriment du jeune homme endormi. Plus tard, Ellen, au bord de la mer, attend tout autant l'arrivée du Comte Orlock qu'elle espère le retour de son mari. C'est elle qui fait apparaître sa silhouette fantômatique derrière les fenêtres obscures des façades gothiques, avant de s'offrir à son ombre. Il est alors clair que Nosferatu et Hutter représentent alors les deux faces complémentaires du héros romantique : la part morale, droite et logique (Hutter), et la face sombre, le désir et la pulsion de mort (Orlock). Les deux ne faisant plus qu'un, seul Ellen (fascinée, mais consciente et lucide) pourra rétablir l'équilibre en attirant la créature vers elle pour mieux le piéger.
Le film se divise en cinq actes. Le premier se termine lors de l'arrivée d'Hutter dans la demeure du comte. Le second se termine après le départ du comte et l'évasion d'Hutter. Le troisième se termine après l'intertitre “le navire de la mort avait un nouveau capitaine”. Le quatrième s'achève avec l'annonce de l'épidémie aux villageois. Le film se termine sur un plan du château en ruine. On peut identifier ces actes à des mouvements. Comme pour une symphonie, ce sont les différents mouvements qui règlent les émotions du spectateur. Les deux premiers actes installent la peur, le troisième accède au stade de la terreur, et c'est donc avec une terreur impitoyable que le spectateur assiste aux deux derniers. Le happy-end n'est pas total, car si le monstre est vaincu, quel prix a-t-il fallu payer ? Le final, avec la mort d'Ellen laisse au spectateur un goût de tristesse, mais aussi d'espoir. D'espoir car malgré l'atmosphère pessimiste et inquiétante du film, le monstre est anéanti, ce qui laisse supposer au spectateur que le mal, quel qu'il soit, peut toujours être terrassé.

C'est à l'acteur allemand Max Schreck que revient l'insigne honneur de la première interprétation du monstre au cinéma. Celui-ci aura incarné, de l'avis presque unanime, la version la plus repoussante et cauchemardesque d'un personnage que Stoker lui-même présentait pourtant comme fort, imposant et robuste. Le Nosferatu de Schreck est au contraire hideux, voûté et squelettique, suscitant frayeur et répulsion par son allure grotesque, aux antipodes des interprétations plus élégantes de ceux qui prendront la relève (de Bela Lugosi jusqu'à Gary Oldman). Il est en cela un personnage typique de l'imaginaire cauchemardesque expressionniste et la marque personnelle donnée par Murnau, très près des personnages morbides de Walter Munch(cf "le cri"). Les rumeurs superstitieuses qui ont entouré l'identité de Max Schreck (soulignant le fait qu'il serait un véritable vampire) étaient bien sûr inventées de toutes pièces et destinées à assurer le succès du film. Le film "Shadow of the Vampire" (avec john Malkovitch et Willem Dafoe) est d'ailleurs entièrement construit autour de ce mythe. Schreck, dont c'est bien le nom authentique (le mot signifie "effroi", belle prédestination !), est un acteur qui a fait sa marque dans plus d'une vingtaine de pièces de théâtre et de films des années vingt. Le seul rôle de Nosferatu lui aura assuré pérennité, sa technique de jeu devenant illico un des emblèmes de mouvement expressionniste. Et son interprétation repoussante et fascinante à la fois est inscrite à jamais dans l'histoire du cinéma. Klaus Kinski et Willem Dafoe lui auront rendu un impressionnant hommage.

# Posté le samedi 25 août 2007 11:43

Mes raisons d'aimer le cinéma : Anvil of Crom, de Basil Poledouris

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# Posté le samedi 25 août 2007 12:59

Modifié le dimanche 11 novembre 2007 11:41

Dracula, de Francis Ford Coppola, avec Gary Oldman, Winona Ryder, Anthony Hopkins, Keanu Reeves

Dracula, de Francis Ford Coppola, avec Gary Oldman, Winona Ryder, Anthony Hopkins, Keanu Reeves
En 1492, le prince Vlad Dracul, revenant de combattre les armées turques, trouve sa fiancée suicidée. Fou de douleur, il défie Dieu, et devient le comte Dracula, vampire de son état. Quatre cents ans plus tard, désireux de quitter la Transylvanie pour s'établir en Angleterre, il fait appel à Jonathan Harker, clerc de notaire et fiancé de la jolie Mina Murray. La jeune fille est le sosie d'Elisabeta, l'amour ancestral du comte...

Pour une énième incursion du mythique personnage de Dracula au cinéma, Coppola choisit l'adaptation fidèle du roman de Brad Stocker. Tour à tour dépourvu de ses attributs, qu'ils soient physique (le Nosferatu de Murnau, contrairement au roman est repoussant) ou psychanalytique (nombres de versions ont banalisé l'aspect freudien du désir sexuel et pulsions de mort), le conte vampire trouve avec Coppola un réalisateur qui épouse la vision de l'écrivain.
En tout objectivité, et si l'on considère le film comme une œuvre dissociée du roman du même nom, le Dracula de Coppola est un des plus beaux films de l'histoire du cinéma. Épique, sanglant, romantique, gothique, le film de Coppola est une superbe démonstration des talents du maître, qui, par l'entremise d'une réalisation éminemment efficace et des trouvailles visuelles à foison, une incroyable puissance évocatrice à ce film. De l'utilisation des couleurs à la séquence de l'introduction de Dracula sous sa forme brumeuse dans la chambre filmée à l'envers, le cinéaste puise dans son génial répertoire d'artiste accompli pour transposer à l'écran cette histoire mille fois racontée, mais jamais de cette manière.

Sur le plan de l'adaptation, force est d'avouer que si Coppola colle indéniablement à la trame originale, la tonalité romantique du film, qui déplace l'intrigue originelle autour de l'histoire d'amour entre Dracula et Mina, jusqu'à un final certes visuellement superbe, constitue une légère entorse au matériau d'origine. A ce titre, le film de Murnau lui est plus fidèle en ce sens qu'il garde sur le même plan la relation Hutter/Ellen et la relation Nosferatu/Ellen. La liaison qu'apporte Coppola entre l'histoire et la légende, et ce dès cette introduction en note d'orgue, est très bien pensée, même si ce lien est nettement moins mis en avant dans le roman original. Finalement, il conviendrait de dire que le cinéaste a capté l'essence même du personnage, c'est l'essentiel, en retournant à la source.

Que dire du statut des vampires de ce film, si ce n'est que Coppola respecte à la lettre les caractéristiques mises en place par Stoker dans son ouvrage ? Toutes, ou du moins la majorité, des scènes imaginées par l'auteur irlandais pour donner vie au mythe sont ici portées avec un impressionnant savoir-faire visuel, de la scène entre Jonathan et les trois vampiresses à la lente agonie de Lucy. En effet, Coppola a réassocier les éléments fondateurs du mythique vampire. Là où il redevient beau, fort, fascinant, décadent et romantique, il n'oublie pas de lui adjoindre de nouveau le message hérité de Freud sur l'amour, même si l'étude est atténuée par la relative mise au second plan de la relation Mina/Jonathan, peut-être la faute à un Keanu Reeves trop peu charismatique par rapport aux autres comédiens. Pour appuyer ce point, il faut souligner les prestations remarquables de Winona Ryder et surtout de Gary Oldman, en phase totale avec le personnage Dracula tel qu'il fut conçu par Stoker.

Coppola signe ici une des plus belles réussites mettant à l'honneur Dracula, à l'imagerie somptueuse participant à la puissance émotionnelle d'un film passionnant qui fait date dans l'histoire du cinéma vampirique(même si on peut lui préférer "Entretien avec un vampire" de Neil Jordan et "Nosferatu" de Friedrich Wilhelm Murnau). Accessoirement le dernier grand film du réalisateur.

# Posté le dimanche 26 août 2007 05:30